L’impact du rap en France

Tous les chiffres de cette étude proviennent de la SNEP et de la SACEM.
Cet article est basé sur la conférence L’impact du Rap en France, présentée par Tsugi et Super, à l’initiative de Red Bull France et en partenariat avec la SACEM.

Aujourd’hui le rap français est le genre musical le plus écouté en France. Cependant il reste encore sous représenté dans les médias et les festivals, une tendance qui pourrait s’inverser dans les prochaines années.

La nouvelle ère du Streaming.

L’industrie musicale a profondément muté au cours de ces 20 dernières années. La crise du disque à la fin des années 2010 à fait considérablement baisser le chiffre d’affaires de l’industrie, le marché a dû se réinventer.

Le streaming s’est imposé comme LE moyen préférentiel pour écouter de la musique. Année après année, la part du numérique a pris de plus en plus de poids, elle est aujourd’hui de 72% contre 31% en 2014.

 Cependant le marché reste fragile, en 2002 quand l’industrie musicale française enregistrait un chiffre d’affaires de 1432 millions d’euros (uniquement grâce aux ventes physiques), elle en génère aujourd’hui presque moitié moins, 658 millions. A noter que le marché reste en progression depuis 5 ans, en grande partie grâce à l’impact du rap français dans les ventes d’albums. Ces 4 dernières années, le Hip Hop classe entre 9 et 11 albums dans le top 20 des albums les plus vendus.

 En 2020, 67% des albums certifiés (minimum un disque d’or) provenaient du Hip Hop. Le rap français est aujourd’hui le genre musical le plus écouté par les jeunes, 1 jeune sur 2 écoute du rap français. Les femmes aiment autant le rap que les hommes. Le streaming est aujourd’hui le moyen d’écoute principal chez les jeunes. Conséquence, le rap est principalement écouté via les plateformes de streaming, 87% des écoutes de rap français proviennent du streaming contre 12% en physique. A contrario, on observe l’exacte opposé pour le genre musical de la variété (80% en physique).

Une domination du Hip Hop qui ne se retrouve pas partout.

 Une domination sans partage du Hip Hop, qui ne se retrouve pas à la radio, puisqu’on retrouve seulement 20 titres Hip Hop dans le top 200 des titres les plus diffusés en radio. La radio étant un mode de consommation vieillissant boudé par les jeunes générations, seulement 35% de la génération née entre 1995 et 2004 écoutent la radio chaque jour (source ministère de la culture).

La scène Hip Hop se structure et se professionnalise, en 10 ans, on observe un multiplication par 3 du nombre de sociétaires par répertoire dans le top 1000. Dans le même temps, les revenus du répertoire Hip Hop ont été multiplié par 6. Ce répertoire est donc non seulement devenu plus important en taille, mais ses membres sont individuellement deux fois mieux rémunérés.

Les gros festivals accordent une place de plus en plus importante au rap. Cette tendance initiée depuis 20 ans est particulièrement marquée ces dernières années même si les Eurockéennes gardent une dominance rock, les Vieilles Charrues, Garorock et Solidays donnent une place prépondérante aux artistes rap.

 Exemple : en 1999 seulement 3% des artistes programmés au Vieilles Charrues provenaient du répertoire Rap, RnB et Electro, 36% en 2014 et 51% en 2019. Cependant on note toujours l’absence d’un festival dédié au Hip Hop. Côté salle de concert et spectacle vivant, en 2017, les 65 420 représentations de musique  actuelle génèrent un total de 28,7 millions d’entrées pour un revenu billetterie de 930 millions. 1 spectacle accueille en moyenne 439 spectateurs pour un prix moyen de 35 euros.

La famille Hip Hop (rap + rnb + reggae) possède la plus forte fréquentation et billetterie. Les 2774 représentations payantes de ce genre (4% du total) ont réuni en 2017 2,8 millions d’entrées (10% du total annuel) pour 74 millions d’euros de billetterie (8%).

Une tendance loin de s’arrêter

Tous ces chiffres font un constat clair et positif sur la place du Hip Hop et du Rap en France, malgré quelques accrocs le rap continue son ascension fulgurante. Les records d’écoutes, ventes, tombent année après année, une concurrence saine s’est installée et pousse les artistes à se surpasser. Les labels et maisons de disque suivent et accompagnent leurs artistes en proposant des campagnes de communication fraîches et innovantes. Tous les signaux sont au vert pour que le rap perdure comme catalogue le plus écouté, et cela, pendant de nombreuses années…

Matthieu Masseron